Je l'aime.
Je n'ai même plus besoin de la voir. Je vis mon histoire d'amour avec elle chaque jour.
C'est du délire.
Je sais qu'elle existe quelquepart. Je compte les jours jusqu'à la prochaine fois où je remonte là haut pour la croiser de nouveau. Je me rapelle la dernière fois qu'on s'est parlé. Que nos
regards se sont croisés. C'était à un pot pour la nouvelle année dans notre immeuble de bureaux. J'étais surpris de la voir. J'étais pas le seul.
On a trinqué "Joyeux Noël" ensemble, on était super génés tous les deux.
Elle a baissé les yeux. Moi, je ne sais même pas comment j'ai le courage de prendre mon gobelet
et d'aller vers elle. Ca fait partie de ces actions que je fais automatiquement, par pur réflexe, quand je la vois
et que je vais la chercher. Je reviens vers elle. C'est ma façon à moi d'essayer de nous recoller ensemble.
C'est ma démision totale, pour signifier que rien n'a changé depuis février, que je suis toujours amoureux d'elle. C'est mon courage à deux mains pour lui dire que c'est pas grave, qu'elle n'est
pas seule. Qu'il y quelqu'un qui pense à elle.
Elle etait avec son employée. Je suis resté collé à F. mon associé.
On est resté chaqun avec nos acolytes.
Parfois on se regardait. J'avais peur de croiser son regard, et en même temps j'en mourrais d'envie.
A un moment, c'est arrivé. Son regard me tue.
C'est simple, elle me liquéfie. Je sens mon coeur se briser. Elle me dit en une fraction d'éternité ce qu'elle est.
Elle me dit tout ce qui ne peut pas sortir de sa bouche, de ses lévres.
Elle me dit qu'elle est désolé, qu'elle m'aime, qu'elle regrette qu'on se voit plus, que je sois si triste, qu'elle aussi elle morfle.
En un regard, on sait qu'on s'aime. Que notre Amour est plus grand que tout. Inconcevable. Hors de portée de la plupart des autres êtres humains.
L'instant d'après, on brise le regard, parce que c'est juste insoutenable. C'est à dire qu'après un regard comme cela, vous n'avez pas le choix, soit vous tombez dans les bras l'un de l'autre, soit
vous fuyez très loin, soit vous mourrez sur place, soit vous faites comme nous.
Nous, on fait rien. On repars dans nos existences respectives.
D'un commun accord, placite.
Je sais qu'on est sorti plus de 6 mois régulièrement ensemble.
On s'écrivait jusqu'à 6 emails par jour.
On déjeunait ensemble. Parfois on travaillait ensemble. On prenait le thé ensemble.
J'ai travaillé pour elle.
Elle m'a prété son appartement pendant 15 jours.
Elle est venue à mon anniverssaire pour mes 35 ans.
On a courru ensemble, on s'est attrapé, on a rigolé.
Je l'ai chopée pour la chatouiller. Elle riait aux éclats. On s'arrêtait.
Elle est venue dans mes bras se consoler une fois.
Je suis venue dans ses bras une autre fois.
On se faisait parfois la bise. Sur la joue.
On ne s'est jamais disputés. On a jamais "baisé". On ne s'est jamais embrassés sur la bouche.
Quand les autres nous voyait, ils ne comprennait jamais pourquoi on était pas ensemble. Mon associé disait "les amoureux". Les serveurs dans les restaurants qu'on fréquentait nous regardait en se
demandant si on était amants, de la même famille ou amis. J'ai des amis qui me demandait "qui elle était pour moi".
Des fois on inventait qu'on était demi-frères ou demi-soeurs pour rendre cette situation supportable.
C'était comme une drague interminable. Sans les codes de la drague. Elle disait qu'on était amis et j'acceptais cela. Des préliminaires interminables avant le premier baiser.
En février 2007, je me suis écroulé. Je devenais fou. J'étais fou d'elle.
J'ai recommencé à lui dire ce que je ressentai. Elle a dénié.
Elle a dit qu'elle ne pouvait pas me porter. Elle a prétendu que j'étais dépressif. Ce qui n'étais pas techniquement faux.
Elle est sortie. On s'est revu. Elle m'a donné l'adresse d'un de ces anciens médecin. Je suis allé le voir.
J'ai pas osé parler d'elle, je lui ai juste dit que je venais de sa part.
Il a juste dit qu'elle avait "ses propres problèmes". Il aurait pu me dire la vérité ce con. J'aurai dû lui parler d'elle, quel con !
J'ai eu le droit à quelques vitamines et un léger calmant. Je suis rentré machinalement à pied, en fait, j'allais chez elle. C'était la direction. Je m'en suis aperçu et je suis me suis engouffré
dans une entrée de métro, vite caches toi sous terre. Je suis rentré par le métro.
J'ai passé la nuit à pleurer.
Le lendemain, j'ai mis une belle chemise, enlevé mes lunettes de myope, et je lui ai dit que je l'aimais. Elle a prétendu une ultime fois qu'elle ne ressentais rien. Que c'étais pas réciproque.
Elle avait l'air complétement anéantie, comme si elle savait depuis le début que c'était fini, que la belle histoire qu'on vivait ensemble était terminée. Que la parenthèse de vie avec un garçon
qu'elle s'était offerte, que je lui avais offerte, était terminée.
Je lui ai dis que c'était passionnel, que je ne maîtrisait plus rien. C'était vrai.
J'étais à deux mètres d'elle. Assis sur mon canapé lit.
J'étais anéanti. Je n'ai pas su quoi dire.
Elle est sortie. Pas fâchée. Pas en colère. Juste triste.
J'ai changé mes billets de train, j'ai rapellé ma femme, je me suis enfui, je suis rentré chez moi.
Je vous raconterai la suite une prochaine fois. La vie réelle reprends ses droits, il est temps de déjeuner.