C'est très simple,
je me lève ce matin vers 7h, je vais boire un verre. L'impression d'être en forme. L'eau froide coule dans ma gorge.
Froid, mal au dos, envie de se recoucher juste un moment, d'ailleurs je laisse le néon de la cuisine allumé, comme une déclaration d'intention de retour, pour déjeuner.
Je me recouche un instant, et là, je pense à elle.
Hier soir, j'ai pas réussi à finir quelquechose pour mon travail. Une frustration technique.
Alors du coup, comme à chaque fois que quelquechose ne va pas dans le monde réel, je pense à elle.
Je me rapelle son souvenir.
Au début, c'est presque inconscient, et puis je m'aperçois que je pleure.
C'est pas grand chose, quelques petites larmes qui coulent, on ne sait pas pourquoi.
Parce qu'elle me manque ? Parce que la vie n'est pas comme je voudrais, parce qu'elle est imparfaite ? Tout comme E. ?
Ce matin, le chagrin est vite passé, il fallait se lever. Ma femme se lève. Gentille. Elle me demande pourquoi c'est resté allumé ? J'arrive...
J'arrive à rien. Elle, C. est habituée à mes torpeurs.
Je reste couché, caché sous la couette. J'ai honte de pleurer, d'être comme cela. Je suis couché à côté d'elle et de la trahir en pensée chaque jour. Recroquevillé en chien de fusil, tourné de mon
côté vers la table de nuit avec la boite de mouchoir. J'ai une technique où je prétends prendre un mouchoir pour me moucher et qui finit en essuie-larme.
Je me sens écrasé par un poids. Plus envie de me lever. J'attendrai la mort, ce serait pareil.
Avant ça durait des heures.
J'ai laissé mon cinéma se faire. Je me suis encore inventé une scène où l'on se retrouve quelquepart, où l'on se parle dans un café près de chez elle, où l'on convient d'un mode de fonctionnement
entre nous.
Discussion impossible avec E.
Je prétends n'être qu'un ami, ou son frère de coeur. A la fin je l'aime.
En quelques minutes, je passe par ces trois sentiments. Sincérement, sans tricher, sans pouvoir rien faire.
Ca me fait ce coup là régulièrement je suis habitué.
J'ai converti mon angoisse en désir. On est chez elle, ou à son bureau. On s'échange des gestes tendres. Elle a peur. On arrive presque à faire l'amour. Pour une fois j'arrive à la désirer.
Rare.
D'habitude je désire juste la serrer très fort dans mes bras, puis rien d'autres que lui toucher ses seins, qu'elle a superbes. D'ailleurs elle adore les robes à décolletés. Elle en met parfois, à
une extrémité de son éventail de personnalité, quand elle a envie de séduire. Elle aime que je les regarde, ça elle tolère, ça lui plait.
Par contre, faut jamais lui dire, ça elle supporte mal. Les compliments, elle déteste, elle évite. Elle m'a interdit de lui en faire une fois qu'on dînait en tête à tête. Elle a dit "Je suis pas là
pour cela". J'ai accepté cette règle, comme les autres.
De toute façon, d'elle, j'accepte tout. Elle règne sur moi.
Je me suis jamais vraiment engueulé avec elle. Je pars avant. Je romps le premier. De toute façon ça sert à rien d'insister quand "elle part en live". Personne n'a jamais réussi à lui faire
entendre raison.
A la rigueur, s'il y a plusieurs personnes présente, elle va se taire. Se bloquer.
Comme un programme qui s'arête de fonctionner.
Impressionnant. Une personne, un être humain qui "plante" devant vous. Figé. Comme votre ordinateur qui ne réponds plus.
Et puis elle repart, sans transitions. Sans excuses. Sans explications. Sans rien te demander. Sans ni se justifier, ni te demander quoiquece soit. Faut juste passer à autre chose.
Elle est rebootée, quoi. ;-)
Ca ne me fait même plus peur. Je l'aime.
J'aime cette fille en panne. J'aime une femme qui n'en sera jamais une.
J'aime une hystérique. Une femme qui ne m'aimera jamais comme les autres.
Un Amour perdu d'avance.
Donc ce matin, après les scènes de réconciliation imaginaire, j'ai réussi à l'aimer en fantasme. Du coup, comme tout les mâles, je me suis endormi après ;-)
Pas trop longtemps, et après je pouvais me lever. Reformaté.
J'avais fait mon petit trip au pays des rêves, de l'autre côté du mirroir.
J'étais prêt à affronter la réalité. D'attaque.